• Helene Let

Illustrer un album jeunesse: la couverture


Comment se déroule l’édition d’un livre en littérature jeunesse ? Cet article est le premier d’une série sur le processus d’illustration d’un album jeunesse. Je ne commence pas forcément dans l’ordre mais la couverture peut se créer de manière un peu indépendante, et suivront évidemment des articles sur les autres étapes.

Je vais prendre le premier conte sur lequel j’ai travaillé, INIS FAIL, pour illustrer cet article, vous allez donc découvrir des illustrations et des croquis qui n’ont jamais été publiés :)

Il s’agit ici de mes conseils et mon processus, ce dernier est propre à chaque illustrateur mais dépend également de la maison d’édition et de la façon dont les deux acteurs travaillent ensemble.




1 - Quand commencer la couverture?


Il vaut mieux ne pas se lancer sur l’illustration de couverture en début de production, il est préférable d’avoir déjà réalisé plusieurs illustrations pour avoir bien pris en main les personnages, pour respecter la colorimétrie et les paysages déjà réalisés etc..


A contrario, la fin, c’est le rush, les retouches et les détails et en cas de retard, il ne faut surtout pas que l’urgence retombe sur quelque chose d’aussi important que la couverture, c’est un NON ! (Catégorique. Oui. Autorité. Bim !)


Quitte à la retoucher un peu après, je pense qu’en milieu de production, c’est le mieux : on a déjà l’ambiance de l’album, on est dans une lancée créative, pas encore stressés par la fin et il est probable que ça arrange également l’éditeur.

En effet, dans le cadre d’INIS FAIL, le distributeur commençait à proposer le livre aux libraires quelques mois avant sa publication, alors il fallait une image un peu vendeuse à montrer, quoi de mieux que la couverture ?




2 - S’Imprégner du texte


Cela peut paraître bête, mais il vaut mieux ne pas se lancer dans une couverture sans être dans le " mood" de l’histoire.

On retombe sur le point précédent : de ne pas s’y lancer dès le début. Cela peut arriver pour les romans : certaines maisons d’éditions ou auteurs donnent des directives mais ne fournissent pas le texte à l’illustrateur ou au photographe. C’est rarement le cas en littérature jeunesse, le texte est à disposition dès le début.


La couverture un résumé visuel, c’est ce qui attire l’œil en rayon, ne la négligez pas, n’y allez pas sans base. On cherche l’essence du livre, on relit l’histoire plusieurs fois, qu’est-ce qui la représente le mieux ? On rassemble ses personnages principaux, ses scènes les plus marquantes, ses couleurs etc… Et on essaie aussi au maximum de se faire plaisir :)


Mon livre se basant sur l’histoire des conquêtes de l’Irlande, j’avais toute une panoplie d’idées héroïques à ma disposition : Héros armés, flots déchaînes, l’ile d’émeraude etc… Mes couleurs et styles étant déjà définies par les premières illustrations, le gros du travail était maintenant d’en faire sortir l’âme de l’histoire.




3 - Faire plusieurs propositions


Muni des ambiances et du texte, travaillez vos compositions et dessinez vos idées. Vous allez sûrement en avoir plusieurs et c'est tant mieux, mieux vaut avoir le choix et ne pas s’arrêter à la première idée car les meilleurs concepts arrivent souvent quand notre esprit s'est échauffé! Si besoin faites des brainstormings avec la maison d’édition (ou avec vous-même, moi je fais ça haha).

Soumettez vos croquis à votre éditeur pour discuter ensemble de la meilleure proposition. Là encore, cela dépend de la ME, certains ne s’engagent pas forcément dans la conception visuelle et laissent carte blanche aux illustrateurs.

Envoyez si possible une direction de couleurs, afin que tout le monde soit sur la même longueur d’onde dès le début.


Pour Inis, j’ai misé sur les poses héroïques, cheveux au vent et regards au loin haha. Il est important de n’envoyer que des illustrations que l’on aime et qu’on aimera faire, car les avis peuvent diverger : j’aimais beaucoup la première, mes trois héros en pyramide, mais la maison d’édition préférait la 3e et c'est celle pour laquelle nous avons opté au final.


Point important : il faut songer à la place du titre et des crédits, sinon ça peut compliquer le travail du maquettiste à la fin.





4 – Dessiner le croquis définitif


Un livre n’est pas toujours un projet linéaire, il évolue au court de sa fabrication, il suffit que l’auteur modifie le texte, que l’éditeur retire un passage etc. Pour la couverture il faut savoir rester flexible sans pour autant brider sa créativité ou se faire imposer des idées .

Pour Inis, après l’envoi des essais couleurs, l’éditrice et moi avons convenu de modifier la composition afin d’y inclure un méchant et les autres héros sur la base du même croquis. Ça n’a point arrangé mes affaires quand il a fallu recomposer l’image, mais j’aime le résultat et l'éditrice comme l'auteur ont également été conquis.


Pour faciliter les étapes suivantes, mon croquis est aussi une esquisse de la maquette : j’ai fait un premier placement des textes et placé le fond perdu (définition juste dessous). Cela permet au graphiste/maquettiste de savoir comment j’envisageais la couverture finale.


Elle a été soumise au regard de l’auteur, toutes les maisons d’édition ne le font pas, mais à mon sens c’est la moindre des choses.






5 - Mise en couleur


Pour moi, quand le croquis est validé, le plus gros est fait, on a une base de travail validée. La mise en couleur est une étape si agréable ♥!


Attention, c'est le moment de vérifier la taille de l'illustration, le profil colorimétrique et si le logiciel permet d'enregistrer sous le bon format (normalement tous les détails techniques vous ont été fournis par l'éditeur en amont mais n'hésitez pas à les demander au cas où). On ne néglige pas ces vérifications.


Je travaille par éléments en suivant une étape assez simple : aplats de couleurs, ombres, lumières, ajustements et détails ; puis je fais un grading général de l’image pour lier le tout.


◄Maquette illustration ▲Couverture finale


Entre l’illustration remise à l’éditeur et la couverture finale de l’album, on a "coupé" la partie délimitée par le cadre : c’est le fond perdu. C’est une zone qui soit être dessinée mais ne sera pas visible. Dans notre cas, elle est collée sur la face interne du carton constituant la couverture.

Il est très important de prendre en compte le fond perdu pour ne pas y dessiner des éléments essentiels, on ne les verra pas !





6 - maquette


C’est ici que se termine l’illustration de couverture pour la plupart des illustrateurs jeunesse. A moins qu’ils ne soient également graphistes, la maison d’édition fait appel à quelqu’un d'autre pour la suite: le graphiste/maquettiste. Il prend en charge la typographie, le placement, tailles et couleurs du titre et crédits, et du logo de la maison, il vérifie également que les fonds perdus soient bien respectés afin de pouvoir par la suite envoyer le tout à l'impression.

Il arrive de devoir faire des retouches pour bien intégrer tout ça, des retours entre le graphiste et l’illustrateur sont alors nécessaires pour le faire au mieux.




J’espère que ce tout premier article était instructeur, j’ai tendance à rentrer beaucoup dans les détails alors j’avoue que j’ai dû couper pas mal mon texte pour éviter l’article qui se lit en 10000000ans haha!

Je vous laisse avec un gif de toutes mes étapes.


Vous pouvez retrouver les illustrations finales d’INIS FAIL sur cette page et le commander ici : Amazon, Fnac, Aleph éditions, Cultura.


Inis Fail est un album jeunesse accessible à partir de 8ans, publié aux éditions Aleph, le texte est de Michaël LÊ, et illustrations par Helene Let.



Belle journée à tous,

A très bientôt :)



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